Aucune politique alternative pour la gauche

Voulant reprendre le contrôle sur une majorité déstabilisée par la déroute aux élections européennes, le Premier ministre Manuel Valls a mis en garde ses troupes contre une « fuite en avant ». Il a déclaré à l’Assemblée qu’aucune politique alternative n’est possible. Si tel est le cas, ce serait une énorme erreur qui démontrera à l’opinion que le gouvernement a changé de ligne. D’un autre côté, cela aurait changé les scores. Mais, l’évidence est telle que le Front de gauche a acquis 6,33% des voies, contre 13,98% pour le Parti socialiste et 24,85% pour le Front national.

Dans l’ensemble, les scores de la plupart des formations de gauche affichent un faible ratio, comme le montre celui des Verts avec 8,95% des voies. Cela ne signifie pas pour autant qu’un programme plus orienté à la gauche est demandé par l’opinion. Mais, face à la possibilité que le Front national puisse gagner du terrain d’ici 2017, une politique de ralliement serait indispensable.

Une ligne inflexible malgré la menaçante avancée du Front national

Face à cette avancée du Front national, la politique du gouvernement reste toutefois inflexible. Le but étant de redresser le pays, le rendre plus fort et plus compétitif. Dans cette optique, Valls est déterminé à procéder à des aménagements, comme cela est le cas en ce qui concerne la réduction ou l’exonération de l’impôt sur le revenu de 1,8 million de contribuables.

Pour les députés qui se sont insurgés contre le plan de 50 milliards d’euros d’économies pour la période 2015-2017 en vue de couvrir les déficits et réduire les charges entrepreneuriales, une inflexion de la politique pourrait faire pencher la balance du côté de la gauche et regagner la confiance des électeurs. Au député socialiste Pascal Cherki de souligner que ce changement de ligne éviterait une catastrophe tant pour la gauche que pour le pays entier.

 

Le clivage droite-gauche a-t-il encore une réalité en dehors du système partisan?

La gauche et la droite n’ont d’existence que par rapport au phénomène révolutionnaire: c’est un clivage qui ne préexistait pas à l’idée révolutionnaire, et qui aura du mal à survivre idéologiquement à la fin de cette idée révolutionnaire. On est peut-être enfin arrivé à ce que prédisait François Furet, à savoir la fin de la Révolution française. Il y a un essoufflement de la révolution permanente qui a été le moteur de la gauche et son carburant: c’est comme un gisement de pétrole qui se serait épuisé.

Idéologiquement, il est assez difficile de distinguer la droite et la gauche aujourd’hui. Il y a des lignes de fractures transversales: par exemple, beaucoup de chrétiens pourraient être étiquetés à la fois «de droite» pour des questions d’éthique et «de gauche» sur des questions sociales et humanistes (la protection du plus faible c’est aussi celle de l’immigré, ou le souci d’une consommation éthique). Idem pour la contestation de l’Europe de Bruxelles qui est transpartisane.

La gauche et la droite n’ont d’existence que par rapport au phénomène révolutionnaire.

En revanche, et c’est important à relever, électoralement, ce clivage fonctionne encore. Malgré les triangulaires occasionnelles ce clivage reste très fort, car il est sédimenté par les institutions et le scrutin majoritaire qui consolident la bipolarisation de la vie politique de manière durable. Pour l’élection présidentielle on est toujours dans un système à deux finalistes, même si parfois il peut y avoir des surprises comme en 2002.

La question principale aujourd’hui c’est qu’une majorité des Français, abstentionnistes ou électeurs protestataires, n’adhère plus à ce que propose la classe politique traditionnelle et qu’il existe une défiance profonde envers les appareils partisans. Les affaires, les promesses non tenues, les ambitions personnelles, l’absence visible de souci du bien commun chez nombre de leaders politiques ont altéré la crédibilité de l’actuelle majorité, mais aussi de l’opposition parlementaire.

Dès lors que le clivage droite-gauche s’étiole, et il devient facile aux partis contestataires de donner le change avec des programmes faits de bric et de broc.