Transparence : le recul des députés est dévastateur pour la crédibilité de la parole politique

Les propos de François Hollande au mois d’avril, en pleine affaire Cahuzac, étaient très volontaristes. Le gouvernement a eu deux semaines pour rédiger à la hâte et dans des conditions acrobatiques les projets de loi relatifs à la transparence présentés en Conseil des ministres le 24 avril. Cette traduction dans les textes a fait descendre d’un cran la volonté affichée par le président de la République, notamment sur la question des incompatibilités professionnelles avec la notion floue des métiers de conseil, sans directement citer les avocats.
Le véritable décrochage est survenu au début du mois de juin, lorsque que le projet de loi est passé par le tamis de la commission des lois. Les députés ont en partie vidé les ambitions présidentielles de leur substance. Le « compromis » passé entre les députés et le gouvernement a troqué le principe de publication des déclarations de patrimoine des parlementaires, pour celui d’une consultation en préfecture. Aujourd’hui, l’examen du texte en séance plénière fait une nouvelle fois reculer les souhaits présidentiels. Un amendement visant à établir un plafond pour les cumuls d’activités a, par exemple, été rejeté. La question des moyens de la future Haute autorité de la transparence chargée de contrôler des milliers de déclarations de patrimoine est également posée. Pour l’heure c’est assez décevant. Les députés ont complétement désamorcé un texte qui se voulait ambitieux.
Aveuglement ou réflexe de protection
Il ne reste plus rien en ce qui concerne les incompatibilités professionnelles, aussi bien sur la question du cumul des activités, que du plafonnement des revenus. Tout continuera comme avant au nom des mêmes arguments ressassés depuis des années par les parlementaires. Si l’on ne peut pas parler de désaveu pour François Hollande, un gouffre existe aujourd’hui entre ce que l’opinion publique a pu retenir des déclarations du chef de l’Etat en pleine affaire Cahuzac et le résultat deux mois après. Cela pose un problème de crédibilité de la parole politique.
Tout ça dénote d’un certain état d’esprit chez les députés, y compris chez Claude Bartolone, qui se montrent très frileux par rapport à tout ce qui pourrait empêcher les dérives que nous avons pu constater ces dernières années avec la prolifération des activités de conseil, d’avocats et qui sont très préjudiciables pour l’image des députés. Il s’agit ou d’aveuglement ou d’un réflexe de protection, à mon avis dévastateur. Hormis quelques exceptions chez les Verts ou quelques francs-tireurs comme René Dosière, l’Assemblée n’est pas sur la ligne de la transparence absolue. C’est extrêmement décevant qui plus est dans un Hémicycle profondément renouvelé il y a un an.

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